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Marie de pluie - de Pauline Sidre

Mis à jour : mai 3


FICHE TECHNIQUE

De : Pauline Sidre Éditeur : Ogmios éditions Nombre de pages : 70 pages Date de sortie : 24/03/2021 Prix : 10€ Adresse financement : https://fr.ulule.com/lueurs-obscures-annee-1/


Bonjour à tous et à toutes ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un livre qui sort chez une maison d’édition que j’aime beaucoup. À savoir, « Marie de Pluie » chez Ogmios éditions, écrit par Pauline Sidre que je découvre grâce à ce cour roman. Avant de vous parler un peu plus du livre, je vais vous dire quelques mots concernant la collection « Lueurs Obscures » dont est issu ce livre. Ogmios signe ici la parution de titre qui sont de savants mélanges d’horreurs et de fantastique et nous offre des histoires complètes tout en étant suffisamment bien écrites et concises pour être lues en un peu plus d’une heure. Si j’ai eu peur de tomber sur un format « nouvelle » avec tous les écueils que l’ont peut y associés, ce ne fut pas le cas ! Le roman est complet, en 70 pages nous avons toutes une histoire extrêmement bien ficelée qui nos plonges peu à peu dans une horreur que nous n’aurions pu imaginer. J’en profite pour signaler que la superbe illustration de couverture est de Andrey Bakulin (artstation).


RÉSUMÉ

Elsa et Lucas Gréminoir se rendent à la vieille ferme familiale pour la vider suite au décès de leur grand-père. Ils ne savent presque rien de leur famille, à part qu’elle ne compte aucune autre fille qu’Elsa, les autres descendantes étant toutes décédées en bas âge. Alors qu’ils se promènent sur le domaine de leur grand-père, ils découvrent la sépulture d’une curieuse Marie. Très vite, Elsa est obsédée par cette mystérieuse défunte que personne ne semble connaître, pendant que Lucas, lui, explore les secrets de la vieille bâtisse isolée.


MON AVIS


« Papa avait alors proposé une promenade, de quoi découvrir le patrimoine dont nous ignorions tout. Je savais le domaine étendu. Des hectares de prés et de forêts dispersés sur les flancs de la vieille montagne, avec leurs rigoles d’eau glacée et leurs sentiers mal dessinés. Au loin, les sapins résonnaient de craquements inquiétants, tandis que le vent chahutait les épis secs de cultures oubliées. Un ciel trop bas nous poursuivait, ses nuées se mêlant à la brume qui suintait des hauteurs. Il faisait gris, froid, et surtout humide. J’en avais déjà plus qu’assez. La route bourbeuse n’en finissait pas de se détricoter, disparaissant parfois sur plusieurs mètres, avalée par la boue. Nous croisions sans cesse de nouvelles sentes, quelques pauvres bouts de chemin qui ne menaient nulle part. Nous nous égarions, j’en étais certaine, même si Papa se félicitait d’avoir conservé tous ses réflexes de montagnard. Puis le soleil fléchit et il fallut bien se rendre à l’évidence, nous étions perdus. Toujours d’une bonne humeur factice, Papa nous désigna une butte qui nous permettrait de nous repérer. Nous y trouvâmes des dizaines de tombes disséminées au milieu des rochers. »


Comme nous le voyons dans le résumé, nous allons suivre les pérégrinations de Lucas et Elsa Gréminoir. Tous les deux avec leur père dans la maison lugubre et paumée de feu leur grand-père. La bâtisse est en décrépitude, rongée par l’humidité et la saleté. Si aucun d’entre eux n’est ravi d’être là. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses ne vont pas aller en s’améliorant…


« Ce fut sur le miroir au flanc d’une penderie que je trouvai le premier mot. « Ne pas oublier de l’essuyer », écrit en grosses lettres maladroites. Un pense-bête de Grand-père, supposai-je. Je n’y pensai plus jusqu’à ce que je passe dans la salle de bains. À l’intérieur de l’armoire à pharmacie, je découvris : « Ne pas laver la tombe à l’eau. » Au-dessus de la carte du monde accrochée aux toilettes, je lis : « S’en occuper après chaque pluie. » — Tu as vu ça ? me lança Lucas en surgissant peu après dans ma chambre. « Bien lustrer le médaillon », disait son mot à lui. — Je crois qu’il parle de la tombe de Marie, supposai-je. — Il était plus toqué qu’on ne le pensait, oui ! Mon frère n’avait pas tort. Cette maison, cette montagne rendaient fou. »


Lucas et Elsa sont aussi différents qu’ils sont seraient complémentaire s'ils arrivaient à s’entendre. Elsa, sur d’elle, brillante étudiante, autoritaire, en quête de reconnaissance. Lucas, jeune artiste dans l’âme, curieuse et prudente, cherchant à faire de son mieux. Les personnages sont très rapidement cernés, et pourtant on reste surpris de certaines de leurs actions.


L’ambiance est présente dès les premières pages. On ressent la résignation des enfants qui ont accompagné leur père dans cette maison où ils n’ont été qu’une fois petits et où ils n’ont pas de souvenirs ou presque. On sent l’atmosphère pesante, vieille, malsaine de la maison. On entend les craquements, le bruit de la pluie qui tombe et on ressent l’humidité omniprésente. La nature, la montagne et la forêt qui la borde tiennent un rôle très important dans ce récit. Tout comme d’autres éléments de certains folklores, trop peu souvent exploités en littérature de l’imaginaire à mon goût.


« Je n’avais pas vu Elsa partir. Tout à coup, je fus seul dans la maison. Ça craquait, ça grinçait de tous côtés. Les seaux dispersés un peu partout à l’étage rendaient des échos angoissants. Les épluchures dans le couloir avaient attisé ma curiosité, mais je ne me sentais pas l’âme téméraire. Je redescendis à la cuisine. J’y étais au sec et à peu près en sécurité. J’avais laissé mon carnet de croquis sur la table, avec mon début de paysage saisi à la volée. Quand j’entrai, mes yeux tombèrent sur une piste de miettes de pain. Comme dans un conte. »


J’ai aimé la plume, le langage approprié, bien écrit. J’ai apprécié également que le récit alterne entre différents points de vue. Nous avons ainsi quelques chapitres du point de vue d’Elsa, de Lucas, mais pas seulement. Nous suivons en filigranes deux temporalités. Celles de la fratrie, à notre époque, mais bien avant, celles de différents membres de la famille Gréminoir.


« Je ne me sentais pas en danger, isolée sur le chemin, mais les bois m’inquiétaient davantage. Des rondes de corbeaux les survolaient. Le vent rasait les sapins, qui se balançaient sous son souffle comme s’ils me saluaient du chef. La forêt, dans l’ombre de la montagne, m’apparaissait comme une antique déesse alanguie, toute pétrie de grâce et de cruauté. »


Si au début ce changement d’époque m’a un peu déstabilisé (quelques lignes, le temps que je comprenne), j’ai ensuite pris beaucoup de plaisir à voir les pièces du puzzle s’assembler les unes aux autres peu à peu et venir confirmer ou non mes soupçons. On fait des conjectures, on voit arriver certaines choses, et on se laisse surprendre par d’autres. On à jamais le temps de s’ennuyer, en 70 pages tout s’enchaîne sans être bâclé pour autant. Ce qui est une belle réussite scénaristique. La pression monte, l’étau se resserre, et on dévore les pages pour savoir comment toute cette histoire va pouvoir se terminer. Au fur et à mesure de la lecture, des informations anodines et des éléments déroutants s’assemblent pour former une vérité oubliée aux combien dérangeante à la lumière des évènements présents, mais aussi passés.


« J’avais bien envie de m’accorder une pause. J’errai quelque temps dans la maison, visitant toutes les chambres inutilisées. Je leur trouvais des couleurs féminines, des teintes lilas ou coquelicot, bien caricaturales. Les armoires n’abritaient que des vêtements de toute petite taille. Des brassières, des bonnets, des chaussons, de si menus tricots que j’en vins à imaginer des douzaines de bébés roucoulants. Ça ne cadrait pas avec cette maison sentant la mort. Je ricanai seule dans une chambre vide, qui me renvoya les échos de mes moqueries. »


Bien que le récit soit horrifique, il reste accessible. Ce que j’entends par là c’est que nous ne sommes pas dans un récit purement gore (même si quelques scènes sont assez « trash »). On est plus sur une horreur qui s’insinue lentement, jouant avec nos nerfs, notre perception des choses, nous laissant croire que nous avons tout compris pour nous dévoiler ensuite la terrible vérité. Une horreur qui vous saisit et vous glace le sang comme une pluie battante en pleine nuit d’hivers.


Alors, n’hésitez pas à jeter un œil à leur financement participatif, ou à vous le procurer sur leur boutique quand il sera sorti, mais n’oubliez pas : « Il est des temps et des endroits que seul la lune peut faire apparaître. »


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