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  • sandy

Le Retour de Steve S.


Auteur : Steve S. Nombre de pages : 284 pages Éditeur : auto-édité Lien d’achat :amazon


PRÉSENTATION


Je retrouve avec plaisir l’écriture de Steve S. pour un recueil de 7 nouvelles illustrées. J’avais beaucoup aimé le premier « Le recueil » dont vous pouvez trouver la chronique ici. La superbe couverture est de Mathieu Coudray et les illustrations intérieurs de Steve S. et Simon Silva. J’y ai retrouvé avec plaisir un univers que j’affectionne, celui de Cthulhu, celui de Lovecraft. Celui de l’horreur rampante qui s’insinue dans un quotidien banal pour le bouleverser à jamais. Celui qui chuchote à votre oreille le soir ou qui se cache dans les ombres la journée. Mais aussi celui que l’on ne soupçonne pas que l’on voit tout les jours sans le savoir. Et ce fut un réel plaisir. L’auteur connaît sans nul doute très bien l’univers dans lequel il écrit, mais il le maîtrise également parfaitement. Il nous offre ici 7 nouvelles histoires dans des ambiances et des lieus différents. Les personnages, leurs aventures, leurs déboires ou leurs découvertes vont changer à jamais leurs vies. Alors, n’ayez pas peur, et suivez-moi pour découvrir cette petite pépite.


MON AVIS


J’ai beaucoup aimé l’illustration avant chaque nouvelle qui la présentait un peu, ou du moins, qui nous donne des éléments que l’on ne perçoit pas tout de suite, mais qui font sens à un moment ou à un autre de la lecture. Cela ajoute à l’ambiance des textes. Je ne vais pas spoiler dans cette critique. Je vais vous présenter rapidement les nouvelles et vous donner mon ressentie et mon avis pour chacune avant de vous dire ce que j'ai pensé de l'ensemble.


Ad Vitam Aeternam : Luigi Calvi est sur le point d’achever la quête glorieuse de toute une vie : trouver un buste du dieu romain Janus. Il rentre en possession d’une bien étrange note qui semble intéresser un mystérieux homme au chapeau noir. Une des plus longues nouvelles de ce recueil, et une de mes favorites. Jusqu’à la fin, je ne savais pas quel allait être le dénouement et j’en ai été surprise ! L’histoire prend le temps de planter ses personnages et l’angoisse monte petit à petit une fois que tous sont en place. Un régal.


Seul l’homme au chapeau en feutre noir semblait le dévisager depuis l’autre extrémité de la salle. Luigi se pencha sur table afin de dissimuler son acte honteux, à la fois excité par une éventuelle découverte et par l’interdit qu’il allait franchir. Il passa délicatement son index entre les deux pages et sentit une feuille de papier. Il la récupéra et la posa devant lui. Il reconnut immédiatement certains signes dont elle était noircie ainsi que leur traduction. Il s’agissait des vers d’Ovide, le poète du temps de César Auguste, premier empereur romain : « Je veille aux portes du ciel avec l’aimable cortège des Heures ; Jupiter ne peut entrer ni sortir sans moi : c’est pour cela qu’on m’appelle Janus ». Non. Ce n’était pas ça. La traduction commençait à l’identique, mais il avait récité les mots qu’il connaissait par cœur et n’avait pas lu attentivement. L’inscription sur le papier était différente. Il lui fallut plusieurs heures pour réussir à déchiffrer tous les symboles, à extrapoler et à griffonner sur son carnet de notes toutes les possibilités. La transcription la plus probable à laquelle il parvint en ce court laps de temps fut la suivante : « Je veille aux portes du ciel avec ceux qui traversent les saisons ; celui qui rêve et ses enfants ne peuvent entrer ni sortir sans moi : c’est pour cela qu’on m’appelle Janus ».

La Famiglia :Un « très-très court » texte écrit pour le Campus Miskatonic dont le thème imposé était « Pulp Noir - où les tentacules de la pieuvre du crime organisé se mêlent à ceux de l’horreur lovecraftienne. Quand la pègre rencontre l’indicible ». On hérite du Bien et du Mal de sa famille. Un de mes textes favoris, c’est pour moi une accroche tout trouvé pour débuter un scénario ou une campagne de l’appel de Cthulhu. J’ai trouvé le twist de la nouvelle vraiment bien pensé et très bien écrit.


L’Œil :Le jeune, brillant et ambitieux professeur Frédéric Mills est sur le point d’obtenir une promotion. Sa mentore, récemment écartée du laboratoire de recherche, lui annonce qu’elle a découvert une nouvelle forme de vie. Peut-être l’une des plus horrifiques à mon sens. La descente aux enfers y est très vite visible, mais elle n’en est pas moins terrible.

Le Sarcophage Noir des Carpates :Un autre « très-très-court » texte écrit pour Short Edition, dans le cadre du concours « 72h pour écrire 8000 caractères » dont le thème était : « une boîte ». Une terrible histoire se déroulant dans un cirque de monstres venu des Carpates. Un texte assez poétique et enivrant. On se prend au jeu d’écouter la présentation de cette merveilleuse boîte et se demander si on ne se laisserait pas tenter…


« Masha entama une incantation, suivant de son doigt les inscriptions sur le sarcophage. Pietro, quant à lui, appuyait ses énormes mains de part et d’autre du coffre et commençait à forcer pour en dégonder le lourd couvercle de pierre, accompagnant les mots incompréhensibles de la grand-mère de ses grognements rauques. — Il existe d’autres mondes. Des mondes que certains peuvent ressentir. Des mondes dans lesquels nos esprits voyagent pendant nos rêves, nos cauchemars. Des mondes effrayants pour certains, mais paradisiaques pour d’autres. Des mondes peuplés de créatures immenses et de palais de pierres aux colonnes cyclopéennes. Des mondes où la différence est la norme. Certains d’entre nous perçoivent, de temps à autre, un signe, une émanation de ces mondes. C’est le vent dans les saules, le bruit dans le grenier, une forme fugace aux abords du champ de vision, une inexplicable sensation. »

Le Prix du Rêve :Pour accomplir ses rêves, Albert Rham a tout sacrifié. Aujourd’hui, il est le plus grand ténor de son époque et ne vit que pour la scène et son art. Vivre son rêve, tout le monde le souhaiterait. Mais, il faut se méfier de ses souhaits. Peut-être la nouvelle la plus onirique du recueil ? On en sort avec des hypothèses, des questions, mais peu de certitudes. On se fait une idée, qui est bousculée par le paragraphe suivant. Alors on ajuste, on essaie de comprendre, on colle les éléments ensemble et on en fait notre propre composition. J’ai pris grand plaisir à lire ce texte avec un morceau d’Opera calme, et je vous le recommande également !

Comme à chaque fois, ce qui le terrifiait le plus était de ne rien se rappeler distinctement. Sa mémoire n’était pas une page blanche, mais un vélin rempli de pattes de mouches, taché de sang et de larmes, noyé dans une obscurité malfaisante qui l’empêchait d’en lire une phrase complète. Il n’envoyait que quelques mots, quelques scènes,quelques phrases. Et les bribes qu’il parvenait à en extraire auraient dû être, à jamais, oubliées.

Les Lettres de Xo : Une jeune femme communique avec son aïeul à travers le temps afin de lui expliquer les terribles conséquences de la lecture d’un antique grimoire. Lorsque l’extinction de l’Humanité est en jeu, un homme averti en veut-il deux ? La première chose que j’ai faite en lisant cette nouvelle c’est chercher à quoi correspondait les dates évoquées. Je vous laisse faire de même et voir que l’auteur a pris la peine de soigner chaque détail. J’ai adoré le principe de cette nouvelle et elle fait partie de mes favorites. Cette correspondance originale et hors des lois du temps est parfaitement bien menée, on saute de mot en mot et d’époque en époque à travers les écrits de ces personnes que le temps sépare.


J’ai lu tellement de choses sur vous que je pense vous connaître intimement, et ce même si nous ne nous sommes jamais rencontrés. Je sais que vous avez commencé à déchiffrer les pages infâmes de ce livre et que votre intellect si aiguisé vous propulse déjà vers tout un tas de théories et d’applications. Vous vous imaginez pouvoir exploiter cette sombre érudition pour le plus grand bien des hommes de votre siècle et au-delà. Vous en voyez le potentiel et les avancées incroyables qui pourraient en résulter. Mais, en votre for intérieur, vous devez également ressentir ce froid glacial, cette sensation désagréable dans votre bouche lorsque vous lisez à voix basse et les poils qui se hérissent sur vos bras sous l’effet d’un vent gelé qui n’existe pas. Ces connaissances malfaisantes s’accompagnent d’un tribut si lourd qu’il en est inimaginable.

Le Dernier Pauvre ; Dans un futur proche, on annonce partout que la lutte contre la pauvreté est sur le point d’être remportée. Le dernier pauvre a été identifié. Un récit « en bonus », sans rapport avec le Mythe de Cthulhu. On a un récit ici qui tient plus de la SF que du mythe. J’y ai trouvé beaucoup de parallèles avec la plupart des questions éthiques qui sont actuellement au centre de beaucoup de choses. Le climat, les IA, les guerres. C’est un futur hypothétique qui me paraît douloureusement très crédible.


CONCLUSION

L’ensemble de ce recueil est un plaisir à lire et nous propose des histoires aussi diverses qu’intéressantes. On y côtoie le mystère, les ténèbres, le suspens, tout autant que l’espoir et la ténacité. J’ai pris un grand plaisir à parcourir ce recueil, et comme pour le premier j’en tire plusieurs pistes pour différents jeux de rôle tel que l’appel de Cthulhu, mais aussi Kult ou crime. Les nouvelles sont immersives. Même si elles ne sont pas du tout de taille égale on rentre toujours extrêmement vite dans l’ambiance. J’aime la façon dont l’auteur joue avec ce nos certitudes et ce que l’on croit avoir deviné ou savoir. L’horreur se mêle au suspens et à la folie. La plume est fluide, les illustrations sont superbes et le livre en lui-même est magnifique, d’autant plus qu’il est arrivé dans un carton dont l’intérieur était décoré. Chose assez rare pour être notée.

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