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  • Isabelle

J'ai vu....Joker

J'ai vu Joker et trois heures après je ne m'en suis toujours pas remise. Voici la critique du sans doute, futur Oscar du meilleur film 2019. Pas de spoil dans cette critique, vous ne risquez rien...

Si vous ne connaissez pas l'univers des comics, vous pourrez quand même voir ce film sans problème. Joker, c'est l'histoire du plus grand méchant DC, ennemi juré du grand Batman. C'est avant tout, la naissance d'un tueur en série dans les années fin 70, où la ville de Gotham se perd au milieu d'une crise sociale sans précédent.

Arthur Fleck, pauvre âme solitaire vivant encore chez sa mère à 30 ans, au sourire insouciant, à la démarche d'un enfant, veut devenir le plus grand comique de stand-up et ne rêve que de passer dans l'émission la plus célèbre. Malheureusement cela ne va pas se dérouler comme il l'imagine...


Joker prend le contre-pied des Marvels, encrant la dure réalité sans jamais montrer un brin de surréalisme. Warner Bros fait fort, très très fort en employant le réalisateur Todd Philips (Very Bad Trip) qu'on attendait absolument pas dans ce genre de film. La réalisation est juste parfaite : plans extrêmement bien calculés, travaillés jusqu'à la perfection, lumière extraordinaire, musique très prenante. Chaque séquence est un tableau avec ses significations. Le design, les couleurs, les mouvements, tout est réfléchis pour vous enfoncer encore plus loin dans votre fauteuil. Car personnellement, une chape d'émotions vous cloue : vous avez pitié, vous êtes ému, vous pensez tout comprendre quand soudainement la violence fait une irruption cassant le rythme qui jusqu'ici vous entraînait dans un puits sans fond.

Le Joker, c'est un personnage endormit que vous voyez naître surtout grâce au sublime Joaquin Phoenix, qui porte tout le film sur ses épaules. Physiquement, il est incroyable et on se demande comment il a pu ressortir de ce rôle psychologiquement sans en être marqué, notamment comme son ami proche, Heath Ledger qui fût lui aussi un des plus grands Joker de l'histoire du cinéma.

Lors des récompenses du meilleur film à la Mostra de Venise, Joaquin avait d'ailleurs remercié son ami disparu pour avoir créé le Joker qui fût son inspiration pour le rôle. Personne à l'époque de Batman The Dark Knight, ne pensait qu'un acteur puisse dépasser l'interprétation de Ledger.

Joaquin Phoenix ne le dépasse pas, il est dans la continuité d'une performance méritant largement tous les louanges (et un Oscar). C'est extraordinaire de beauté, de profondeur, de violence. Car oui la violence est le thème central de ce film. Celle psychologique : de la famille, de la vie quotideinne, celle de la société, des autres... et puis la violence physique évidemment, celle qui fait actuellement polémique aux USA, où ils ont peur que le film déclenche des émeutes. Ce que le film dénonce, ce n'est pas que quelque chose ou quelqu'un puisse déclencher de la violence, c'est qu'elle existe déjà en l'humain et pas besoin d'être un monstre pour en arriver à des extrêmes : on peut être un gamin de banlieue comme un riche banquier. Cette violence qu'on avait vu dans Taxi Driver, faisant déjà jaser lors de la sortie du film avec Robert De Niro, qui apparaît dans Joker d'ailleurs, ce n'est pas un hasard.

Joker critique, fait réfléchir : la mal était il déjà là, prêt à éclore, ou la société est-elle également responsable ? On passe par tout un panel d'émotions. Personnellement j'avais les boules et je me suis retenue plusieurs fois de pleurer pendant toute la séance (faut pas déconner quand tu es en projection presse), notamment par empathie pour ce personnage qui subie la vie, le poids de sa famille, les problèmes des autres et s'enfonce dans la folie sans que personne ne puisse l'en tirer. Il n'y a pas d'excuse à un tueur en série mais il y a cette injustice profonde que toute la société passe à côté d'un problème qu'on aurait pu éviter, alors que le personnage le dit lui même dès le début du film "je serais mieux enfermé".

Joker a la forme et le fond parfaits. Pour ma part j'irai le revoir, juste pour pouvoir enfin pleurer sur ce personnage si bouleversant de solitude, de cet enfant éternel enfermé dans des problèmes d'adultes. Je vous préviens, les images restent lancinantes comme un rappel à l'ordre, après la proijection on ne pense qu'à çà. Le héros n'est rien, sans son double maléfique et en voilà un exceptionnel...



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