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  • Isabelle

J'ai vu... chernobyl (et ce n'est pas si bien que ça ou presque)

Mis à jour : 24 oct 2019

Voici une critique de la série Chernobyl. Si vous ne voulez pas être spoilés, ne lisez pas !

Sachez juste que cette série n'est pas aussi bien que ce que l'on veut nous faire croire....

Chernobyl c'est quoi ? C'est une mini-série de cinq épisodes produite par la chaîne américaine HBO (c'est important de le savoir pour la suite de l'histoire). Si en lisant le titre vous n'avez aucune idée de ce que cela signifie, c'est que vous manquez cruellement de culture générale. Chernobyl (ou Tchernobyl) est une ville en Ukraine, qui faisait encore partie de l'URSS en 1986 et a subie une catastrophe nucléaire en ayant un réacteur qui explose le 26 Avril 1986, provoquant toute une série de problèmes humains (des morts, des blessés graves et des malades plusieurs années après), économiques (des millions de dollars de perdus), politiques (la sortie de l'Ukraine de l'URSS 3 ans plus tard, l'effondrement de la politique russe), etc. De cette histoire dramatique ayant réellement existé, HBO a décidé d'en faire cette mini-série, en sachant par avance que comme le Titanic, le spectateur connait déjà la fin, il fallait frapper fort.

Craig Mazin est engagé pour scénariser l'histoire. Déjà très étonnant, car c'est un scénariste de seconde zone, plutôt relativement mauvais vu son parcourt : Very Bad Trip 2, Scary Movie 3, The Hunstman... bref que des suites et pas les meilleures. Ceci dit, parfois il peut y avoir des surprises, là s'en est une visiblement mais je reste dubitative. En tout cas, le scénario n'est pas aussi bien que cela, nous y reviendrons.

En réalisation, un petit génie de la lumière et du son : Johan Renck, surtout connu pour ses clips et quels clips ! "Nothing Really Matters" de Madonna, "Blackstar" de Bowie, des pubs de grandes marques : Chanel, Cartier, Pepsi, ... tout le monde se l'arrache. Il se fait remarquer par la TV grâce à d'étonnants épisodes qu'ils filment comme si c'était du cinéma, en soignant la bande son, avec des axes de caméra loufoques et des angles peu communs notamment dans Breaking Bad, Walking Dead et Vikings. Le talent de Chernobyl, c'est lui qui l'apporte.


On ne pourra pas refaire l'histoire : un réacteur, le n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose et répend la mort par le feu et la radioactivité de son coeur grand ouvert. Ce qu'on ne connait pas exactement, ce sont les circonstances de ce drame et là évidemment, nous avons la version américaine (d'autant plus que HBO est détenue par la multinationale Fox). Les séquences s'enchainent, se découpent comme un saucisson. On passe d'un élément à un autre avec deux ou trois personnages principaux pour suivre tout cela. D'autres personnages, très intéressants, disparaissent sans laisser de trace. On les suit pendant 2 ou trois épisodes, voir 30 minutes et puis plus rien. Comme ces militaires obligés de supprimer les animaux domestiques contaminés. On s'y attache, leurs émotions et les notres sont intenses, on voit la dure vie dans ce camp monté dans des conditions déplorables (enfin c'est la vision américaine hein...) et puis plus rien. Que sont-ils devenus ? Mystère.

En regardant de plus près la structure du scénario, on s'aperçoit qu'elle ne fait que suivre la chronologie sans grande inventivité. La vision se borne à celle des ukrainiens et des russes, dixit les européens, ou le reste du monde. On a juste deux ou trois phrases qui parlent des espions américains et du fait que la centrale suédoise ait capté des émissions provenant de Tchernobyl, sinon, bah sinon le Monde n'existe pas. Triste vision, souvent, trop souvent visible dans les mauvais scénarios américains. Cinq épisodes pour résumer une catastrophe qui changea la face du Monde et cela sur des dizaines d'années, c'est peu. Trop peu. Du coup au dernier épisode, pour faire moins cher, ils résument toutes les actions dans un tribunal par de petits flashbacks et puis ensuite on a droit à 5 minutes de texte racontant ce qui arrivent aux vrais personnes dans la vraie vie durant les années suivantes. Ca tombe à plat. Alors que justement tout commence. Certes, le côté malsain de voir la mort et le tout exploser avec des gens se décomposant sur place, est certainement ce qui attire en masse le peuple devant cette série, au départ en tout cas. La conclusion de cette série finie donc sur la punition de trois hommes et non sur tout ce que cela déclencha par la suite. C'est un peu court et bien dommage. Ensuite on pourra remarquer l'idée saugrenue de faire parler les gens en anglais avec l'accent russe. Bizarre. Soit ils parlaient en russe et ils étaient doublés, soit ils parlaient anglais mais sans accent. C'est quoi ce choix non assumé ? Ce qui a réellement scotché les gens, ce n'est pas l'histoire en elle-même, c'est la réalisation (en plus du morbide, vous savez le célèbre ralentissement sur l'autoroute après l'accident mortel d'une moto écrasée par un camion). Les idées novatrices pullulent par le son, le grain de l'image, les cadres, les caméras, les couleurs, le choix des acteurs est juste incroyablement intelligent. Difficile de montrer ce qu'est une contamination quand le danger est invisible, et bien là Johan Renck réussit avec brio. En cinq minutes, le regard d'un personnage nous captive et nous embarque. La technique visuelle et sonore est parfaitement maîtrisée comme la direction des comédiens. Le temps est étiré, raccourcit, il se joue de nous, nous mettant à la première personne, nous montrant évidemment l'innocence et la naïveté des habitants alors que nous savons très bien ce qu'il se passe.

Elle aurait bien mérité une série plus longue, plus compréhensible sur les histoires personnelles de chacun et sur la grande Histoire, celle de l'effondrement de l'URSS et "d'un nuage qui n'est pas passé au-dessus de la France comme par magie" (vous compterez combien de personne de plus de 30 ans ont un cancer aujourd'hui notamment de la tyroïde).

Chernobyl reste quand même une bonne série, qui permet déjà de reparler de cette catastrophe, de relancer le débat du nucléaire et de couper court à toutes ces séries et films sur les super-héros (même si certaines sont superbes, ça permet de respirer un brin quand même...).

Alors voilà, regardez Chernobyl en vous mettant bien en tête que c'est la vision américaine, qu'il y a du vrai et du romancé, et lancez des débats, c'est fait pour réfléchir et discuter.






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